NIS2 : ce que la future loi Résilience peut changer dans vos contrats fournisseurs
L’équipe Docform · Publié le 7 novembre 2026 · 7 min de lecture

L’essentiel
Au 7 novembre 2026, la loi Résilience n’est ni adoptée ni promulguée : le dossier de l’Assemblée nationale annonce une discussion en séance à partir du 9 novembre 2026. Il n’existe donc pas encore d’obligation NIS2 issue d’une loi française. L’article 21 de la directive indique toutefois la direction : les entités concernées devront traiter la sécurité de leur relation avec leurs fournisseurs directs, ce qui peut se traduire dans leurs contrats.
Où en est la loi Résilience au 7 novembre 2026 ?
Le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité a été déposé au Sénat le 15 octobre 2024. Le Sénat l’a adopté le 12 mars 2025. La commission spéciale de l’Assemblée nationale a établi son texte le 10 septembre 2025.
L’examen en séance a ensuite été reporté à plusieurs reprises. Le texte a notamment été retiré de l’ordre du jour des 7 et 9 octobre 2026. Le dossier législatif de l’Assemblée indique désormais une discussion en séance publique le lundi 9 novembre 2026, avec 398 amendements déposés sur le texte de la commission.
Pourquoi la Cour de justice de l’Union européenne est-elle saisie ?
Les États membres devaient transposer NIS2 au plus tard le 17 octobre 2024. Le 8 juillet 2026, la Commission européenne a décidé de saisir la Cour de justice contre l’Irlande, l’Espagne, la France et les Pays-Bas, faute de notification d’une transposition complète. Elle demande des sanctions financières : une somme forfaitaire et des astreintes journalières.
Cette procédure vise l’État français, pas les entreprises. Elle ajoute de la pression sur le calendrier, sans créer d’obligation directe pour une société française. La directive doit être transposée pour produire ses effets généraux à l’égard des entreprises. La portée exacte de ce principe reste une question à soumettre à votre conseil.
Votre entreprise sera-t-elle concernée ?
La directive vise les entités des secteurs de ses annexes I et II, soit 18 secteurs selon la Commission, à partir de la taille d’une moyenne entreprise. Une entreprise de 100 à 500 personnes peut donc entrer dans le périmètre si son activité relève de l’un de ces secteurs. Des exceptions à ce seuil existent pour certains types d’entités.
L’ANSSI distingue les futures entités essentielles et les futures entités importantes, selon la criticité, la taille et le chiffre d’affaires. Elle met à disposition un test en ligne pour évaluer sa situation. Ce résultat reste à confronter au texte français définitif.
Une entreprise hors périmètre n’est pas pour autant à l’écart. Si elle fournit une entité concernée, elle peut recevoir des demandes contractuelles de son client. Dans ce cas, l’engagement vient du contrat, et non d’une obligation légale qui lui serait propre.
Que dit l’article 21 de NIS2 sur la chaîne d’approvisionnement ?
L’article 21 impose aux États de veiller à ce que les entités prennent des mesures de gestion des risques appropriées et proportionnées. La liste minimale comprend, au point d), la sécurité de la chaîne d’approvisionnement, y compris les aspects liés à la sécurité dans les relations entre l’entité et ses fournisseurs ou prestataires de services directs.
Le paragraphe 3 précise ce qu’il faut regarder pour chaque fournisseur direct :
- ses vulnérabilités propres ;
- la qualité globale de ses produits et de ses pratiques de cybersécurité ;
- ses procédures de développement sécurisé ;
- les résultats des évaluations coordonnées des risques menées au niveau de l’Union, le cas échéant.
Le considérant 85 fait le lien avec le contrat : les entités devraient être encouragées à intégrer des mesures de gestion des risques dans leurs accords avec leurs fournisseurs directs. Il s’agit d’un encouragement, pas d’un contenu imposé. Les autres niveaux de la chaîne peuvent être pris en considération.
L’article 23 compte aussi pour la relation fournisseur. L’entité doit transmettre une alerte précoce dans les 24 heures après avoir eu connaissance d’un incident important, puis une notification dans les 72 heures. Elle dépend parfois de son prestataire pour obtenir ces informations.
Que prévoit le projet de loi français à ce stade ?
Dans le texte de la commission spéciale, l’article 14 demande aux entités de protéger leurs réseaux et systèmes d’information, « y compris en cas de recours à la sous-traitance ». Un décret en Conseil d’État doit fixer les objectifs et les conditions d’élaboration d’un référentiel. Ce sont des dispositions d’un projet, susceptibles d’évoluer.
L’ANSSI met à disposition depuis le 17 mars 2026 le Référentiel Cyber France, ou ReCyF. Elle le présente comme un document de travail qui liste ses mesures recommandées et qui correspond au référentiel mentionné à l’article 14 du projet de loi. Il est par défaut non obligatoire et susceptible d’ajustements.
Certains fournisseurs numériques, comme les services d’informatique en nuage ou les services gérés, relèvent d’un règlement d’exécution européen spécifique, le règlement (UE) 2024/2690. Le secteur financier a pour sa part le cadre DORA. Un même contrat peut donc soulever plusieurs régimes.
Quels sujets repérer dans vos contrats fournisseurs ?
Sans attendre le texte final, une équipe juridique peut déjà savoir ce que disent ses contrats. Il s’agit d’un inventaire, pas d’une mise en conformité à une loi qui n’existe pas encore. Les thèmes suivants découlent de l’article 21 et de l’article 23 :
- Criticité : quels fournisseurs directs ont accès à vos systèmes ou portent un service essentiel ?
- Sécurité : le contrat décrit-il des mesures concrètes, ou seulement un engagement général ?
- Incidents : existe-t-il une obligation d’information, avec quel délai et quel contact ?
- Contrôle : pouvez-vous demander des éléments de preuve ou mener un audit ?
- Sous-traitance : savez-vous qui intervient derrière votre fournisseur direct ?
- Continuité : que prévoit le contrat en cas d’interruption ou de sortie ?
- Calendrier : quelle est la prochaine date de préavis ou de tacite reconduction ?
Ce dernier point a une portée pratique. Une renégociation est plus simple à engager avant un renouvellement. La rédaction et le niveau d’exigence relèvent ensuite de chaque situation et de votre conseil.
Une prudence s’impose sur les mots. Une demande d’attestation de « conformité à NIS2 » peut être difficile à interpréter tant que le droit français n’a pas fixé les exigences applicables. Un engagement contractuel précis est plus simple à apprécier qu’une référence générale.
Ce qu’il reste à surveiller
Quatre éléments peuvent modifier l’analyse : le vote de l’Assemblée et la suite de la procédure, les décrets d’application, la version définitive du ReCyF, et les modifications ciblées de la directive proposées par la Commission le 20 janvier 2026.
Les sanctions de la directive restent à transposer. Elle prévoit des plafonds d’au moins 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial pour les entités essentielles, et d’au moins 7 millions d’euros ou 1,4 % pour les entités importantes.
Dans Docform
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Questions fréquentes
- La loi Résilience est-elle en vigueur en France ?
- Non, pas au 7 novembre 2026. Le Sénat a adopté le projet le 12 mars 2025, et le dossier de l’Assemblée nationale annonce une discussion en séance à partir du 9 novembre 2026. Des décrets seront aussi nécessaires après la promulgation.
- NIS2 m’oblige-t-elle déjà à modifier mes contrats fournisseurs ?
- Aucune loi française de transposition ne l’impose à ce jour. La directive s’adresse aux États membres. Des engagements peuvent cependant résulter de vos contrats, ou d’autres textes déjà applicables comme le RGPD pour les données personnelles.
- L’article 21 de NIS2 vise-t-il tous mes fournisseurs ?
- Le texte vise les fournisseurs et prestataires de services directs des entités concernées. Le considérant 85 indique que les risques découlant d’autres niveaux de la chaîne pourraient aussi être pris en considération.
- Le ReCyF de l’ANSSI est-il obligatoire ?
- L’ANSSI indique qu’il est par défaut non obligatoire et diffusé à ce stade comme document de travail. Les futures entités qui l’appliqueront pourraient s’en prévaloir lors d’un contrôle, selon le projet de loi et l’ANSSI.
- Mon client peut-il me demander des garanties de cybersécurité sans loi française ?
- Rien n’empêche deux entreprises de négocier des engagements de sécurité dans leur contrat. Ces engagements reposent alors sur le contrat. Leur contenu et leurs conséquences sont à examiner avec votre conseil.
- La saisine de la Cour de justice sanctionne-t-elle les entreprises françaises ?
- Non. La Commission a saisi la Cour contre la France, en tant qu’État, le 8 juillet 2026. Les sanctions financières qu’elle demande concernent l’absence de transposition complète notifiée, et pas directement les entreprises.
Cet article présente des informations générales à sa date de mise à jour. Il ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas l’analyse de votre conseil pour une situation donnée.
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